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16 juillet 2026

Evaluer l’autosuffisance alimentaire des territoires

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Comment savoir si un territoire peut nourrir sa population avec ses propres ressources ? C’est la question au cœur du dernier Dynamiques Paysannes n°54, consacré à un outil de diagnostic testé par Humundi et l’équipe de recherche SYTRA (UCLouvain) au Sénégal et au Pérou. Résultat : une lecture concrète, chiffrée et surprenante des systèmes alimentaires locaux et des pistes pour les transformer.

Développée depuis 2020 par SYTRA, déjà appliquée à Bruxelles, Verviers et Charleroi, la méthodologie repose sur un principe simple : comparer, produit par produit (céréales, tubercules, légumes, viande, lait…), ce qu’un territoire produit à ce dont sa population a réellement besoin.

Concrètement, le diagnostic croise quatre dimensions — le territoire étudié, les produits analysés, l’offre agricole locale (surfaces, rendements, pratiques) et la demande alimentaire (taille de la population, habitudes de consommation) — pour aboutir à un chiffre unique et parlant par denrée : le Degré d’Autosuffisance Alimentaire (DAA). Un DAA de 100% signifie que la production locale couvre exactement les besoins ; en dessous, le territoire dépend des importations ; au-dessus, il dégage un excédent théorique.

Mais l’outil ne se limite pas à une photographie de l’existant. Sa dimension prospective permet de se projeter : en s’appuyant sur des « moteurs de changement » identifiés avec des experts locaux (accès à l’eau, salinisation des sols, usage d’intrants, diversification des cultures…), trois scénarios contrastés sont construits : un scénario tendanciel qui prolonge les dynamiques actuelles, un scénario d’intensification conventionnelle misant sur les intrants et la mécanisation, et un scénario de transition agroécologique misant sur la diversification et une gestion plus durable des ressources. En comparant leurs effets sur le DAA, l’outil permet d’anticiper concrètement l’impact de choix agricoles et politiques sur l’autosuffisance alimentaire de demain..

Dans ce région rurale où l’agriculture est l’activité dominante, le diagnostic livre un tableau contrasté et riche en enseignements :

  • Mil (274%), maïs (241%), arachide (181%) : des excédents théoriques confortables ;
  • Riz (16%) et blé tendre (0%) : une dépendance quasi totale aux importations, alors même que le riz est central dans l’assiette sénégalaise ;
  • Lait (1%) : la filière la plus fragile, largement supplantée par le lait en poudre importé.
HUM 25 DP54 Sytra web 11 - : Evaluer l'autosuffisance alimentaire des territoires

La scénarisation prospective illustre, chiffres à l’appui, à quel point les choix politiques comptent : selon la trajectoire retenue, l’autosuffisance en riz pourrait grimper jusqu’à 231% dans un scénario agroécologique… ou stagner autour de 8 à 26% dans un scénario d’intensification conventionnelle. Un écart spectaculaire pour un même objectif national.

Changement de décor dans les hauts plateaux andins de Cusco, où l’élevage (bovins, ovins, alpagas) structure l’économie locale. Ici, la province affiche des excédents parfois vertigineux :

  • Bovins : 21 107%pommes de terre indigènes : 144%quinoa : 310%

Mais le vrai signal d’alerte vient de la consommation : les enquêtes révèlent un régime déséquilibré — trois fois trop de tubercules, deux fois trop de céréales et de viande, deux fois trop peu de légumes — un facteur possiblement lié aux taux élevés de malnutrition et d’anémie observés localement.

HUM 25 DP54 Sytra web 16 perou - : Evaluer l'autosuffisance alimentaire des territoires

Fait notable de la scénarisation péruvienne : quel que soit le scénario agricole retenu, l’autosuffisance globale progresse surtout… grâce à la baisse démographique projetée (-22%). La vraie variable à surveiller n’est donc pas seulement productive, mais nutritionnelle et démographique.

  • Un même outil, deux réalités radicalement différentes : dépendance céréalière au Sénégal, déséquilibre nutritionnel au Pérou.
  • La méthodologie est simple, rapide et modulable : un vrai atout pour des ONG de terrain aux ressources limitées.
  • Ses limites : données parfois incomplètes, flux import/export et saisonnalité encore peu intégrés, scénarisation à simplifier pour une meilleure appropriation locale.
  • Prochaine étape pour Humundi : affiner les échanges commerciaux (poisson, huile, lait au Sénégal ; filières d’élevage au Pérou) et déployer l’outil sur d’autres territoires partenaires.

Envie d’aller plus loin ? Le numéro complet détaille la méthodologie, les cartes des deux territoires, les tableaux de DAA par denrée et l’ensemble des scénarios prospectifs à 2035 et 2050.

Dynamiques paysannes n°54 : évaluer l’autosuffisance alimentaire des territoires