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9 janvier 2026

MERCOSUR, fin de saga?

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(Crédit photo : Brieuc van Elst)

Aujourd’hui a eu lieu la réunion des ambassadeur·ice·s des États membres au Conseil de l’UE. À l’ordre du jour : l’accord de commerce entre l’UE et le Mercosur dont le texte a été avalisé, actant de l’aboutissement d’années de lutte pour certains États membres, de déception et de renoncements pour d’autres. Pour la société civile, opposée de longue date à cet accord, c’est un nouveau coup de poignard : la Commission européenne a une fois de plus fait preuve de déni de démocratie et de passage en force pour maintenir son agenda libéral… 

Trop peu, trop tard

La France, acteur clé de cette opposition au traité de commerce – nécessitant une minorité de blocage au Conseil, soit quatre États membres représentant 35 % de la population de l’UE – a finalement pris position après des mois de valse-hésitation : Emmanuel Macron a signifié hier « un rejet politique unanime de l’accord », qualifié de traité « d’un autre âge »1.  

En vain, le retrait récent de l’opposition de Giorgia Meloni aura suffi à faire retomber la fronde anti-Mercosur qui couvait depuis la finalisation de l’accord en septembre 2025 et qui avait mené à l’échec des négociations le 18 décembre dernier2. La présidente italienne se sera contentée d’une promesse de déblocage anticipé d’un fonds de 45 milliards d’euros pour retirer son opposition au traité3

Dans cette configuration, l’opposition française aux côtés de la Pologne, la Hongrie, l’Autriche, l’Irlande et de l’abstention belge n’aura pas suffi à constituer une minorité de blocage. Signe des temps d’un isolement croissant de la France sur la scène européenne et d’un agenda dicté par la recherche de nouveaux marchés pour l’industrie de l’UE et la sécurisation de ses accès aux matières premières. 

Manoeuvres anti-démocratiques…

L’adoption par le Conseil de la partie commerciale de l’accord UE-Mercosur (l’ITA – Interim Trade Agreement) donne mandat à la présidente von der Leyen de se rendre au Mercosur le 12 janvier pour la signature de l’accord. Game over, donc ? 

Mais, mais, mais… 

Pour entrer en vigueur, l’accord doit passer par le Parlement européen, où la fronde est toujours vive chez les eurodéputé·e·s. Rien n’est donc nécessairement joué. 

Pour se prémunir d’un quelconque camouflet, Chypre, qui détient depuis janvier de cette année, et pour les six prochains mois, la présidence tournante du Conseil de l’UE, a usé de sa position privilégiée pour retirer, en dernière minute, une déclaration de l’agenda du conseil des ambassadeur·ice·s du jour4. Cette partie de texte prévoyait justement la nécessaire adoption de l’accord de commerce intérim au Parlement avant que celui-ci ne puisse entrer en vigueur.  

La manœuvre avait déjà été utilisée dans le cas de l’accord avec le Royaume-Uni après sa sortie de l’UE. Elle avait ainsi permis une entrée en vigueur de l’accord huit jours seulement après son adoption au Conseil, le 1er janvier 2021. 

Ce tour de force anti-démocratique n’est que le nouvel épisode d’une très longue liste d’entourloupes que la Commission européenne et de nombreux États fervents défenseurs de l’Accord ont utilisé pour torpiller l’opposition5.  

Et le monde agricole dans tout ça?

Pour ménager la chèvre et le chou, le gouvernement français a sorti de sa botte des mesures miroirs sur une série d’importations provenant des pays du Mercosur et contenant des résidus de cinq substances actives interdites dans l’UE. Osée, mais largement insuffisante6, la manœuvre n’aura pourtant pas suffi à calmer un monde agricole en ébullition et prêt à en découdre. 

D’une vigueur soutenue, les manifestations en France ne semblent pas faiblir à l’annonce de la validation de l’Accord. En Belgique aussi, des actions ont eu lieu entre hier et aujourd’hui. Le monde agricole n’a donc pas décidé de se laisser malmener, mais cela suffira-t-il à arrêter le rouleau compresseur libéral de l’UE ?  

Rédaction : Jonas Jaccard, chargé de plaidoyer chez Humundi

  1. « La France ne votera pas l’accord de commerce entre l’Union européenne et le Mercosur », Le Monde, vendredi 9 janvier 2026. ↩︎
  2. « Accord UE-Mercosur : la Commission tente un passage en force malgré l’opposition agricole », Humundi, 18 décembre 2025. ↩︎
  3. Post sur le réseau social X de la présidente Giorgia Meloni : https://x.com/GiorgiaMeloni/status/2008572029759283646 ↩︎
  4. « Mercosur : les États ouvrent la voie à une application provisoire de l’accord sans avoir à attendre le Parlement », Contexte, 9 janvier 2026. ↩︎
  5. Sophie Wintgens, « Les stratégies de la Commission pour conclure l’accord à tout prix », CNCD-11.11.11, 15 décembre 2025. ↩︎
  6. Mathilde Dupré, Stéphanie Kpénou, « Restriction des importations agricoles : une mesure de « réciprocité » du gouvernement difficile à mettre en œuvre en cas de ratification de l’accord UE-Mercosur », institut Veblen, 7 janvier 2026.  ↩︎