1 avril 2026
Humundi race fête ses 10 ans !
Lire la suite
23 avril 2026
La Forêt Nourricière est un court métrage documentaire qui nous emmène sur les pas de Sarah, une journaliste congolaise. Nous la suivons au milieu de la forêt de Luki, dans la province du Kongo-Central. Sarah montre que les projets d’agroforesterie qui respectent la forêt sont plus efficaces quand ils émanent de l’initiative des populations locales. Leurs connaissances et leur savoir-faire protègent le poumon vert de notre planète.
Le court-métrage a été projeté fin 2025, lors de la 9ᵉ édition du Festival international de films Alimenterre (FAT) au Centre culturel Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Les organisateurs ont souligné l’importance de l’agroforesterie qui permet aux communautés de restaurer les terres dégradées grâce à des solutions durables, de se nourrir et de générer des revenus pour subvenir aux besoins, comme scolariser leurs enfants ou se soigner.
Le film commence par la découverte de paysages impressionnants et préservés, la voix off nous explique : « Au centre de l’Afrique se trouve aujourd’hui la dernière forêt tropicale active de notre planète. Alors qu’auparavant les forêts amazoniennes et indonésiennes aidaient aussi à réguler le climat de notre monde et à capter le carbone, c’est la grande forêt africaine seule qui demeure désormais le dernier poumon de notre chère planète Terre. Présente en majeure partie sur le territoire de la République démocratique du Congo, mais aussi au Congo Brazzaville et au Gabon, cette magnifique étendue de verdure presque intacte est un véritable trésor. »
L’agriculture itinérante sur brûlis est pratiquée par nécessité pour se nourrir, planter le manioc et le maïs. « Elle constitue 80% de la menace de déforestation, c’est catastrophique » s’inquiète Sarah au début de son reportage. Jean-Marie Bolika, expert en gouvernance de la foresterie et des revenus forestiers, guide la journaliste travers une alternative endogène. Il lui présente un jardin forestier multi-étagé : « Le premier étage c’est le taro et l’igname ; le deuxième, le manioc ; le troisième ce sont les bananiers, les papayers; le quatrième les safoutiers, l’avocatier et le palmier ; au dernier, dans les arbres en hauteur, le limba, entre autres… Dans cet espace multi-étagé, les paysannes et les paysans ont la possibilité de cueillir le produit de leur agriculture pendant toute l’année. Les sols ne s’épuisent pas, une partie sert à la consommation, l’autre à la vente. »
La forêt du Mayombe, au Kongo-Central, est menacée par les besoins en charbon de bois des villes environnantes. Mais des cultures pérennes s’installent aujourd’hui avec succès dans les jachères forestières.
Sarah rend visite à Alphonse Sambo Niati, un producteur de cacao. L’association des arbres et de la culture ne pose pas de problème. Les plantations de café et de cacao ont un meilleur rendement lorsqu’elles sont ombragées. Les arbres existants sont préservés et la plantation de nouveaux arbres est encouragée.
A Lukula, Régine Tika Shungu, une jeune entrepreneuse dans la filière du café biologique, et Anicet Kumbu Luinda, ingénieur agronome, montrent comment réorganiser la filière du café local. « Notre projet est de relancer le la culture caféière dans le bas fleuve et d’accompagner le producteur dans des pratiques durables (…) Nous voudrions que les producteurs s’y retrouvent, vendent leur café, leur cacao, leurs huiles (…) payent les frais de leurs enfants, n’aient pas de problèmes pour acheter des médicaments quand l’enfant est malade (…) ».
Sarah et son équipe de tournage sont amenés à conclure : combiner des zones de café et de cacao avec des palmiers donne de la résilience à l’économie locale. C’est une autre réponse positive et durable à l’agriculture sur brûlis.
La suite du reportage nous emmène à la rencontre du biologiste Augustin Konda : « Je suis né au village et j’ai grandi dans l’abondance des chenilles, dans la diversité des produits. »
Les chenilles comestibles sont une source de protéines cruciale (jusqu’à 75% des apports locaux) dans le Kongo-Central. « Durant mon enfance, poursuit Augustin Kinda, les chenilles abondaient. Les enfants les premiers allaient dans les forêts ramasser les chenilles. Mais depuis les années 80, il y a de moins en moins de forêts dans le Kongo-Central. On a coupé le bois, fait des champs, il y a eu un accroissement de la population. Les chenilles sont devenues rares parce que leur habitat principal a été ravagé. »
Augustin Konda a monté un projet innovant. Il tente de protéger une ressource nourricière importante de la forêt grâce à la réintroduction de la chenille au Kongo-Central. Dans les champs de ricin, on récolte avec soin les feuilles qui vont servir à nourrir une nouvelle variété de chenilles. Il s’agit de trouver de nouvelles sources dans la forêt pour nourrir la chenille importée. Le travail du biologiste est d’étudier comment domestiquer cette chenille. Elle est polyphage, elle mange les maniocs, les ricins et plusieurs autres espèces de plantes. « Nous devons identifier les plantes qu’elle mange », explique Augustin Konda. « Une fois domestiquée, la chenille pourra consommer de nouvelles variétés de plantes, croître et ainsi permettre aux populations locales de perpétuer une alimentation traditionnelle et culturelle. »
Sarah réalise que les ressources du Bas-Kongo sont inestimables. Des ruchers sont installés dans les jachères forestières en régénération et on y récolte du miel en abondance. Les apiculteurs contribuent aux activités de reboisement. Les abeilles participent en effet à la régénération des écosystèmes forestiers à travers la pollinisation.
La miellerie locale assure le conditionnement avant la vente. L’accompagnement des apiculteurs est combiné à l’outil du champ-école paysan où des pépinières permettent de multiplier les plantes méllifères (qui produisent du nectar).
Il s’agit de promouvoir des agro-forêts. À la pépinière, on planifie le développement de l’ensemble du territoire avec une vision claire vers l’avenir. Une vision qui a pour but de préserver la forêt tout en répondant aux besoins traditionnels des populations rurales et en développant de nouvelles opportunités.
À Kimwenza, dans la périphérie de Kinshasa, Sarah découvre qu’un véritable petit paradis agroforestier est sorti de terre en quelques mois grâce à la collaboration de plusieurs ONG. « Avec l’expansion de la ville, vous risquez de ne plus voir ce champ maraîcher d’ici quelques années, mais une zone résidentielle à la place », s’inquiète Jean-Pierre Kimfuta, président de l’Union des coopératives maraîchères de Kimwenza. Des femmes et des hommes se sont organisés collectivement pour cultiver les terres et devenir propriétaires de leur terrain. Cela leur permet de planter en sécurité safoutiers, avocatiers, papayers, bananiers, citronniers et aussi de cultiver de nombreux légumes. Le produit de leur récolte est vendu à Kinshasa, la capitale toute proche. Toute la communauté protège la forêt commune et la source d’eau nécessaire à tous. Bientôt, le poisson se reproduira.
De nombreuses opérations de sensibilisation et d’initiation sont menées dans les écoles et les centres de formation. Sarah visite une école à Lemba en territoire de Lukula. Les enfants y apprennent l’importance du rôle de la forêt au moyen de jeux et d’exercices. La jeune génération apprend aussi à planter des arbres. Un élève montre comment on plante le safoutier. Madame Viviane, animatrice, explique que « l’arbre donne des métiers », c’est donc nécessaire pour l’avenir de ces jeunes qu’ils apprennent à planter et à soigner les arbres.
Il faut prendre le temps de regarder La Forêt Nourricière, ne fut-ce que pour la beauté des paysages. Le film nous plonge dans l’univers unique de la forêt du bassin du Congo. Un patrimoine qui ne doit pas seulement être préservé pour sa beauté mais aussi et surtout pour la régulation du climat. Lier le beau et l’utile c’est imaginer des solutions qui protègent la forêt et qui permettent aux populations rurales de mener une vie meilleure. La ruralité africaine peut être un espace écologique et social tourné vers l’avenir.
Voir le film :