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En Belgique ou en Afrique, le métier d’agriculteur fait rêver des jeunes. Dylan, jeune Camerounais ambitieux, et Romain, étudiant belge en agronomie, partagent un même idéal : celui de l’agriculteur comme pilier essentiel de la société. Loin des clichés d’une profession en déclin, ils peignent le portrait d’une vocation noble et essentielle, qui se marie au plaisir de la nature.
Dylan Fogué (Cameroun) : J’ai commencé mes études par un baccalauréat en économie et des études en comptabilité et gestion d’entreprise. Mais je n’étais pas très à l’aise, je savais que je n’étais pas à ma place. J’ai donc fait le concours pour rentrer à la faculté d’agronomie et des sciences agricoles, à l’université de Dschang, à l’ouest du Cameroun. C’est la plus grande université d’agronomie d’Afrique centrale. Actuellement, je suis en Master 2. Et j’ai aussi créé deux petites entreprises : un groupement paysan qui produit des cultures maraîchères et les commercialise dans les grandes surfaces et une entreprise qui produit et vend un engrais naturel, local et alternatif aux produits traditionnels qui sont devenus extrêmement chers au Cameroun.
Romain Ruykens (Belgique) : J’étudie actuellement à la haute école Condorcet d’Ath en première année d’un bachelier en agronomie. Mais j’ai commencé à m’orienter vers les sciences agronomiques dès la fin de mes secondaires, puisque j’ai fait ma 5e et ma 6e année à l’École Provinciale d’Agronomie et des Sciences de Ciney (EPASC). J’ai opté pour ce choix d’études parce que depuis que je suis petit, je travaille à la ferme, en famille, pendant les vacances.
Dylan : Le choix de l’agriculture, pour moi, il est tout simple. En Afrique, malheureusement, on a faim. L’agriculture, c’est pouvoir nourrir les gens. C’est un moyen pour moi d’être vraiment utile à ma communauté. Et comme en plus j’aime la nature, le calme, le vert, les plantes, ça m’a semblé évident.
Romain : Grâce à mon papa, qui dirige une exploitation familiale, j’ai été très tôt en contact avec le monde agricole en allant régulièrement à la ferme. Ce qui m’a donné envie de continuer dans cette voie, c’est le moment où j’ai commencé à avoir de vraies responsabilités. Participer aux tâches quotidiennes, comme donner à manger aux vaches, aller dans les champs, assister et même être acteur de certains vêlages. Tout ça m’a confi rmé mon envie de devenir agriculteur. Et petit à petit, l’agriculture est devenue une passion. J’apprécie particulièrement le contact avec les animaux et le travail dans les champs, ou le fait de pouvoir suivre l’évolution du travail au fil des saisons. Ce qui me donne le plus envie dans ce métier, ce sont les défi s du quotidien qu’un agriculteur doit relever, comme produire localement, travailler de façon respectueuse pour l’environnement et trouver un réel épanouissement dans son travail.
Dylan : Dans 10 ans, je me vois soit membre actif, soit créateur d’une grande association d’agriculteurs qui fournit des emplois, nourrit la population et donne une réelle directive à l’agriculture dans la région ou dans le pays. Tout seul, on ne peut pas avoir autant d’impact. Au Cameroun et dans d’autres pays africains, nous avons un tissu agricole très décousu : nous n’avons pas de maille, nous ne sommes pas réunis, et c’est pourquoi il y a plein de choses que nous ne pouvons pas faire ou qui nous bloquent dans notre quotidien. Or, il est important que chacun puisse transmettre aux autres ses savoirs, son expérience, ses compétences. C’est en travaillant ensemble, main dans la main, qu’on peut faire évoluer les choses.
Romain : En me basant sur mon expérience, je pense que le métier d’agriculteur ne changera pas fondamentalement. Il y aura certainement des évolutions, notamment au niveau du matériel utilisé et des techniques, mais l’objectif principal de l’agriculteur restera le même. L’agriculture a aussi un rôle important à jouer face aux crises actuelles, notamment les problèmes climatiques et environnementaux. On utilisera des pratiques plus agroécologiques pour produire plus et plus sainement.
Dylan : Pour moi, être agriculteur, c’est être utile à la société. C’est un métier essentiel, un des plus importants au monde.
Romain : Pour moi, être agriculteur, c’est être un acteur du futur. C’est un métier qui consiste à transmettre des valeurs importantes comme la culture du sol et l’élevage, tout en s’adaptant aux changements et aux défis de demain. Être agriculteur, c’est aussi se préoccuper de l’environnement dans lequel on vit et essayer de le respecter au maximum. C’est aussi prendre soin de ses animaux avec passion, car ils font partie intégrante de notre quotidien. Pour moi, un agriculteur reste avant tout un humain comme les autres, avec ses difficultés et ses responsabilités, mais qui s’engage pleinement dans son travail et dans ce qu’il transmet aux générations futures. Même si la vie en tant qu’agriculteur est dure, le plus important, c’est de pouvoir s’épanouir dans son travail pour ne pas se laisser envahir par la charge mentale. Être agriculteur, c’est finalement chercher un équilibre entre le travail, la nature et soi-même.
Propos recueillis par Ophélie Michelet (Volontaire)
Supporterres n°36