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16 mars 2026

Quelques solutions climatiques controversées

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Pour lutter contre le changement climatique, des tonnes d’approches voient le jour. Mais certaines d’entre elles, quoique guidées par de bonnes intentions, peuvent se révéler problématiques, voire parfois même contreproductives…

La biométhanisation consiste à produire du gaz à partir de déchets agricoles comme le fumier, le lisier ou les restes de cultures. Ces déchets sont placés dans une grande cuve fermée où ils fermentent et produisent du biogaz, qui peut servir à chauffer des bâtiments ou à produire de l’électricité. En somme : transformer des déchets en énergie. Mais le système devient contreproductif lorsque la biométhanisation devient un objectif commercial en soi. Pour produire plus de gaz, de plus en plus d’exploitations agrandissent leur élevage ou leurs cultures pour alimenter la cuve, plutôt que pour nourrir des personnes. Ce qui encourage une agriculture plus intensive et moins respectueuse de l’environnement…

L’agriculture de précision utilise des outils numériques (capteurs dans les champs, images satellites, drones, logiciels de traitement de données) pour apporter la bonne quantité d’eau, d’engrais ou de pesticides au bon endroit et au bon moment. L’idée est ainsi d’augmenter les rendements et d’éviter la surutilisation des produits chimiques. Mais ces technologies coûtent cher et sont souvent développées par de grandes entreprises, ce qui rend les agriculteur∙rice∙s techniquement et financièrement dépendants de leurs services. Par ailleurs, l’agriculture de précision ne remet pas en question l’usage des produits chimiques, qui restent incompatibles avec la perspective d’un avenir durable et résilient. Pour éviter les dérives de cette fuite en avant technologique, il est au contraire possible de développer des dispositifs en accès libre, adaptés aux petites fermes, au service de l’agroécologie plutôt que d’un modèle intensif.

Le « carbon farming » consiste à payer des agriculteur∙ice∙s pour des pratiques qui captent le CO2 présent dans l’air et le stockent dans les sols ou les plantes. Par exemple : planter des haies, laisser pousser des prairies permanentes, semer des couverts végétaux entre deux cultures, réduire le labour pour préserver la matière
organique du sol, intégrer des arbres, etc. Mais dans l’état actuel des choses, de nombreuses entreprises mises sur ce type de projets pour « compenser » leurs propres émissions, sans volonté de réduire celles-ci. De plus, ces pratiques ne stockent le carbone qu’« en surface » (dans les sols ou les plantes) et de manière précaire : si une prairie est retournée ou si une haie est arrachée, le carbone est immédiatement relâché dans l’atmosphère. Le carbon farming ne doit donc pas remplacer la réduction des émissions à la source : il peut compléter les efforts climatiques, mais pas servir d’excuse pour continuer à extraire massivement des énergies fossiles.

Le méthane émis par les bovins, tout particulièrement dans les élevages intensifs, représente
14,5% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Une des solutions préconisées : faire avaler aux bovins des additifs qui réduisent la production de méthane pendant leur digestion. Mais réduire légèrement les émissions de cette manière ne peut suffi re, si le modèle de production massive de viande industrielle reste inchangé et continue par ailleurs de poser d’autres problèmes (dépendance aux importations de soja qui encouragent la déforestation, pression sur les terres, pollution de l’eau, souffrance animale, etc.). Réduisons plutôt notre consommation de viande et soutenons les élevages extensifs, basés sur les prairies permanentes qui favorisent la biodiversité et stockent du carbone dans les sols.

Planter de vastes zones d’arbres est souvent présenté comme une solution simple pour absorber le CO2 présent dans l’air. Mais ces projets de “reforestation” à grande échelle fonctionnent souvent en monocultures pauvres en biodiversité, fragiles face aux maladies ou aux sécheresses, et prennent parfois la place de terres agricoles ou de milieux naturels déjà riches en vie. Une autre approche consiste au contraire à restaurer les écosystèmes existants et à développer l’agroforesterie, qui intègre des arbres dans les champs et les prairies. Cela permet de produire de la nourriture tout en améliorant la biodiversité, la qualité des sols et la capacité des terres à stocker du carbone, sans opposer nature et agriculture.

L’agrivoltaïsme, c’est le fait d’installer des panneaux solaires dans des champs, parfois audessus des cultures ou du bétail, afin de produire de l’électricité. D’une pierre deux coups ! Mais le problème, c’est que dans la réalité, de plus en plus de panneaux recouvrent les terres agricoles sans laisser de place à la production alimentaire, ce qui compromet notre souveraineté. Privilégions donc peut-être les toits des granges et des hangars ou les espaces bétonnés pour installer tous ces panneaux ?

Rédaction : Erika Faillaci (Volontaire chez Humundi)

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Supporterres n°35