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Un entretien avec Absa Mbodji, chargée de programme chez ENDA Pronat, au Sénégal.
Elle s’appelle agroécologie. Elle améliore la rétention de l’eau dans les sols, restaure la matière organique, accroît la fertilité, réduit la dépendance aux intrants externes et diversifie les systèmes de production. Elle peut nourrir le monde. Elle est même encore beaucoup plus que cela.
Absa Mbodji : Le volet mouvement social est une composante de l’agroécologie. Celle-ci a trois dimensions : science, pratique et mouvement social.
A.M : La réponse à la première question est oui. Parce que l’agroécologie se passe dans les territoires. Elle regroupe les acteurs qui font face à l’ensemble des défis actuels : la désertification, les sécheresses, les changements climatiques, la perte de biodiversité. Les praticiens des secteurs agro, sylvopastoral et halieutique sont convaincus que les solutions toutes faites qu’on leur propose depuis des décennies ont été à l’origine de dégradations accélérées. Les pratiques adaptées, articulées aux connaissances endogènes, au savoir empirique et à l’agroécologie sont plus pertinentes. Elles permettent de mettre en œuvre des connaissances appropriées face aux difficultés.
L’agroécologie est un mouvement qui implique les agriculteurs et les agricultrices, les éleveurs, les pasteurs, les pêcheurs, etc. Tous ces acteurs se mettent en relation via l’agroécologie, arrivent à trouver des solutions communes. Cela leur permet d’être résilients face à ces difficultés.
A.M : Le pastoralisme a longtemps été incompris, vu presque exclusivement sous l’angle des conflits de territoire avec l’agriculture sédentaire. Mais le pastoralisme est un mode de vie plus respectueux des animaux que l’élevage intensif. Du point de vue de la biodiversité, centrale dans la question de l’agroécologie, la mobilité pastorale permet la conservation des espèces végétales que les animaux disséminent dans leur parcours (ndlr, le broutage sélectif et le piétinement favorisent la diversité floristique, tandis que le déplacement des troupeaux aide à la dispersion des graines).
Avec les agricultures sédentaires, c’est une question de partage, de contrat, de restauration de la fertilité des terres, de gestion collective des ressources, en termes d’accès à la terre, de parcours du bétail.
A.M : Il faut la preuve, il faut lui montrer. Il faut de l’apprentissage par les pairs, l’accompagnement d’un ou d’une collègue qui a sa parcelle de production agroécologique et qui, en termes de productivité, arrive à obtenir des résultats concrets, à vendre ses produits.
Dans la région de Fatick, au Sénégal, la tomate produite dans des contextes et cultures agroécologiques est de plus en plus prisée par les consommateurs et consommatrices qui ont constaté qu’elle se conserve mieux que la tomate issue de l’agriculture conventionnelle.
Enfin, il y a les arguments qualitatifs, relatifs à l’absence de pesticides, au bien-être, à la santé.
A.M : On constate de plus en plus que l’agroécologie est pertinente pour les trois Conventions de Rio – biodiversité, changement climatique et désertification. En matière de solutions proposées, il y aura toujours une proposition d’aller vers l’agroécologie en termes scientifiques, pratiques et sociaux.
Mais dans les faits, on constate également qu’il y a trop d’éparpillement voir de cloisonnement entre les sociétés civiles qui défendent les solutions agroécologiques au sein des trois Conventions de Rio. Il faut décloisonner davantage parce qu’au final, on dit tous la même chose, on cherche tous le même but. Il est largement temps de s’unir, pas de trainer.
Propos recueillis par Pierre Coopman