21 août 2026
Sécheresse : comment l’agroécologie aide les paysans à s’adapter
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27 août 2026
Dans le district côtier de Muanda, une zone enclave verdoyante du Kongo Central, coincée entre l’océan Atlantique et le parc national des Mangroves en République démocratique du Congo, la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco règne en maître discret. Spécialisée dans le rachat de puits « matures » en fin de vie, la firme extrait l’or noir congolais loin des regards de la métropole. Mais le prix à payer pour les communautés rurales riveraines dépasse tout calcul comptable.
Sur place, le pétrole fait partie du paysage depuis plus d’un demi-siècle. Les pipelines serpentent entre les villages, les torchères illuminent parfois la nuit et les installations pétrolières côtoient les champs, les rivières et les habitations. Pour beaucoup d’habitants, cette présence est devenue une réalité quotidienne. Mais derrière les promesses de développement, les préoccupations environnementales et sanitaires n’ont jamais réellement disparu.
Le poison quotidien : torchage, boues et mares de brut
Des années d’enquêtes de terrain et d’incursions journalistiques de presse d’investigation notamment portées par Disclose (« Perenco : révélations sur les ravages du groupe pétrolier en RDC ») et le consortium international Journalismfund Europe (« Perenco Files: Black Oil in the DRC ») ont jeté une lumière crue sur un désastre systématique. Plus de 160 cas et signalements de pollutions majeures y ont été documentés sur une période de quinze ans.
Sur le terrain, la tragédie n’a pas de terme technique : elle a une odeur de souffre asphyxiante et la couleur poisseuse du pétrole brut. Le torchage de gaz pourtant interdit ou strictement encadré par la loi congolaise depuis 2015 continue d’illuminer l’atmosphère à proximité directe des habitations et des champs. La sueur des paysans se mélange à une pluie de particules d’imbrûlés et de produits chimiques toxiques.
Les conséquences agricoles sont dévastatrices. Les terres manioc et les plantations agricoles à proximité des installations souffrent d’une chaleur anormale et de pluies acides. Plus loin, le long des pipelines qui serpentent les forêts et au cœur des cours d’eau, le pétrole s’échappe des tuyaux vétustes ou lors d’incidents d’exploitation non maîtrisés. Des nappes sombres asphyxient régulièrement les rivières où la population puisait l’eau potable, lavait le linge et pêchait.
Quant aux déchets industriels et aux boues d’extraction toxiques, ils sont souvent incinérés au grand air ou enfouis à la hâte dans des fosses peu profondes, contaminant progressivement les nappes phréatiques. Les villageois décrivent une dégradation sanitaire généralisée : recrudescence des maladies respiratoires chez les enfants, affections cutanées chroniques, et perte brutale de fertilité des sols qui faisaient autrefois la richesse du territoire.
Une bataille de l’ombre et le spectre de l’impunité
Le scandale environnemental provoqué par l’opérateur en RDC n’est pas récent : il alimente les colonnes de la presse, fait réagir les juristes et indigne la société civile depuis plusieurs années. En France, la justice a été saisie par les ONG Sherpa et Les Amis de la Terre pour contraindre la multinationale à réparer le préjudice écologique causé sur le sol congolais et à cesser le torchage à ciel ouvert.
Malgré les pressions et la mise en lumière de ces pratiques par des réseaux de journalistes indépendants, le modèle extractif n’a cessé de tourner. Face aux alertes répétées, la compagnie a régulièrement mis en avant ses investissements sociaux ou contesté la portée de ces accusations. Mais sur le terrain de Muanda, le décor n’a guère changé et l’accès aux informations d’impact sanitaire reste verrouillé.
L’étau se resserre : l’alerte retentissante de Human Rights Watch
Ce bien triste feuilleton écologique vient de franchir un nouveau chapitre alarmant. Dans un récent rapport d’alerte relayé par RFI, l’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) est venue appuyer les révélations accumulées depuis des années par la presse et la société civile.
L’ONG accuse formellement la firme pétrolière d’entretenir et d’aggraver la pollution environnementale dans la province du Kongo Central. À l’issue d’une longue enquête de terrain basée sur des dizaines d’entretiens avec des riverains, des analyses d’images satellites et de données sanitaires, Human Rights Watch dénonce les risques directs pesant sur la vie, la santé et les moyens de subsistance des populations locales de Muanda.