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16 mars 2026

Quand le climat se dérèglent, les paysans éthiopiens cultivent la résilience

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En Ethiopie, les agriculteur.rice.s s’adaptent, innovent et transforment leurs pratiques face au dérèglement climatique. En accompagnant les dynamiques locales porteuses de solutions durables, l’association MELCA Éthiopie est devenue l’un des moteurs du changement. Solomon Kebede, directeur de l’association, nous partage les réalités de son travail.

Salomon Kebede : Le dérèglement climatique se ressent d’abord dans le quotidien des paysannes et des paysans. Les saisons ne suivent plus le calendrier transmis de génération en génération. Les pluies arrivent trop tard, trop fort ou pas du tout. Dans certaines régions, les sécheresses qui survenaient tous les dix ans frappent désormais tous les deux ou trois ans. Il faut garder à l’esprit qu’en Ethiopie, l’agriculture pluviale (c’est-à-dire une agriculture qui dépend des précipitations pour son approvisionnement en eau) représente 95 % des terres cultivées. Dès lors, la hausse des températures, les précipitations irrégulières et les sécheresses récurrentes compromettent fortement la production alimentaire. Cela fragilise directement la sécurité alimentaire et les revenus des familles.

S.K. : Les paysannes et les paysans ne sont pas passifs. Ils combinent savoirs ancestraux et innovations. Beaucoup diversifient leurs cultures : céréales, légumineuses, légumes, plantes locales oubliées… D’autres utilisent des semences précoces ou résistantes à la sécheresse, qu’ils conservent et échangent au sein de leurs communautés. Dans les champs, on voit aussi réapparaître le paillage ou le compost comme techniques de conservation des sols. Le compost rend le sol plus riche en nutriments, plus fertile, tandis que le paillage permet à la terre d’avoir une meilleure rétention d’eau tout en la préservant de la chaleur. L’élevage évolue également, avec des races locales plus résistantes à la chaleur et aux sécheresses.

Et puis de plus en plus, les agriculteurs diversifient leurs sources de revenus en se lançant dans des activités non agricoles : petites entreprises, artisanat, groupes d’épargne commerciale, coopératives, etc. Ces stratégies combinées aident les agriculteurs à stabiliser leur production, à protéger leurs moyens de subsistance et à réduire leur vulnérabilité face aux chocs climatiques.

S.K. : Notre rôle est d’accompagner et de renforcer ce que les communautés font déjà. MELCA propose aux communautés d’agriculteurs des aides matérielles et des soutiens financiers, notamment par le biais de systèmes d’épargne ou de systèmes de prêts dont l’argent, une fois remboursé, est directement réinvesti pour d’autres projets. À travers l’aide financière que nous apportons, nous soutenons et promouvons l’agroécologie, nous participons à la restauration des paysages (forêts, zones humides, terres dégradées) et nous renforçons la résilience économique des paysan∙ne∙s, notamment grâce à la création de groupes d’entraide et de
coopératives ou à des formations en entrepreneuriat. MELCA aide ainsi les communautés, et plus particulièrement les femmes et les jeunes, à renforcer leur autonomie. Et puis l’association agit aussi au niveau politique pour que toutes ces initiatives paysannes soient reconnues et soutenues.

S.K. : La plus grande réussite de MELCA est d’avoir démontré que des solutions locales, portées par les communautés, peuvent répondre à des défis globaux. Là où les terres étaient épuisées, on voit aujourd’hui des champs diversifiés et productifs. Les paysans retrouvent confiance et sont de plus en plus résilients. Et cette réussite est collective : elle repose sur les agricultrices, les agriculteurs et leurs familles, sur toutes les communautés des zones où nous agissons.

S.K. : Oui, tout à fait. MELCA a observé plusieurs résultats dans ses zones d’intervention : les sols retiennent mieux l’eau et les récoltes sont plus stables malgré les aléas climatiques. Dans certaines zones restaurées, la faune revient, signe que les écosystèmes se rééquilibrent. Mais le changement le plus fort est peut-être invisible : les communautés se sentent désormais capables d’agir et de protéger leur territoire. Le monde paysan s’approprie de plus en plus les initiatives de protection de l’environnement et agit activement dans la conservation de ses paysages et de son patrimoine agricole.

S.K. : L’énergie des paysans. Leur créativité, leur attachement à la terre et leur volonté de transmettre. Ils ne font pas que survivre au changement climatique : ils inventent des solutions ancrées dans leur culture et leur environnement. Leur travail démontre que des solutions durables, menées par les agriculteurs, peuvent efficacement renforcer la résilience tout en préservant la riche diversité agricole de l’Éthiopie.

Rédaction : Ophélie Michelet (volontaire pour Humundi)

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Supporterres n°35